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Le Monde comme je le vois

de Lionel Jospin

jeudi 1er juin 2006, par Le blog d’AdmiNet

Extraits :

Après le "non" quelle Europe ?

Le 29 mai dernier, les Français ont dit non par référendum au traité constitutionnel européen.
Il n’est plus temps de se demander si le référendum était le moyen le plus adéquat pour examiner un traité international de 450 articles (qui n’a de constitutionnel que le nom) et si le Parlement, dans la démocratie représentative, n’est pas fait, justement, pour analyser ce type de texte, long, technique et souvent rébarbatif.

Il est trop tard aussi pour regretter que les dirigeants du Parti socialiste aient réclamé un référendum dont ils savaient qu’il les diviserait pour, les militants ayant choisi le oui, s’écarteler ensuite entre le oui et le non. Un an après ses triomphes électoraux de 2004, le PS s’est retrouvé devant un échec déconcertant en 2005.

Par conviction, j’ai appelé publiquement à voter oui, puisque le traité constitutionnel apportait des progrès. Par respect pour la démocratie aussi, puisque les adhérents de ma formation politique s’étaient majoritairement prononcés pour le oui. Par exigence intellectuelle, enfin, car j’étais heurté par le caractère mensonger de certains arguments des partisans du non (par exemple, les prétendus dangers pour l’IVG, le divorce, la laïcité ou la politique sociale).
Le vote négatif des Français a mêlé, à l’évidence, la volonté de sanctionner de nouveau le pouvoir politique, une sourde insatisfaction à l’égard de l’Europe et une inquiétude latente quant à l’avenir de la France. Le vote non a ainsi révélé une triple crise de confiance chez les Français : en leur gouvernement, en la construction européenne et en eux-mêmes.
Ce non est un fait politique majeur qui emporte une conséquence juridique immédiate : le traité constitutionnel européen est mort. Les pays membres qui ne se sont pas encore exprimés ont le droit de le faire, pour que leur position soit connue.

Le résultat final, lui, est déjà donné, n fallait l’unanimité des Vingt-Cinq pour ratifier le traité, elle n’a pas été obtenue, ce traité est donc caduc. [...]
Il ne servirait à rien de réexplorer dans l’immédiat la voie institutionnelle. On ne fera pas revoter différemment les Français sur le même texte. On n’obtiendra pas de nos partenaires européens, par une négociation, un texte substantiellement modifié. Je ne vois se dessiner aucun plan institutionnel de substitution susceptible de satisfaire les Français et d’obtenir l’accord de nos partenaires.
A supposer même que, dans les deux ans qui viennent, les gouvernements s’entendent pour emprunter au traité constitutionnel rejeté quelques "mesures simples et pratiques" comme l’élection du président de l’Union pour deux ans et demi, la mise en place d’un ministre des Affaires étrangères ou de nouvelles modalités de vote, que ferions-nous ? Nous demanderions à ratifier un nouveau texte par référendum ? Ce serait beaucoup de bruit pour rien. Nous nous contenterions de la procédure parlementaire ? On nous reprocherait d’esquiver le vote populaire. En réalité, je suis convaincu que la voie institutionnelle est pour un temps bouchée.

Tirons donc d’autres leçons du non au référendum.
Il nous faut en premier lieu respecter les Etats-nations.
Dans le vote non, de gauche comme de droite, s’il y a eu l’expression d’une colère contre la politique du gouvernement, il y a eu tout autant la crainte d’une dilution de l’identité nationale. Certes, il est démagogique de rendre l’Europe responsable de politiques impopulaires quand elles sont du strict ressort national. D est plus inacceptable encore de susciter la peur de l’étranger en dénonçant les travailleurs d’Europe centrale ou en manipulant politiquement les délocalisations (dont on n’entend plus guère parler depuis le 29 mai...).
Justement, disons-le haut et clair, la construction européenne n’efface pas l’Etat-nation, qui n’est pas une figure politique obsolète. Le sentiment d’appartenir à une communauté humaine, l’exigence d’une vie démocratique, le désir d’affirmer une volonté politique collective ne pourraient être satisfaits par la seule Union européenne. L’Etat-nation offre encore un cadre indispensable au dépassement des corporatismes, des com-munautarismes et des réseaux d’intérêts.

L’Union européenne peut ouvrir un champ nouveau au déploiement des Etats-nations, sans se substituer à eux.
D ne s’agit pas seulement d’une question de répartition de compétences entre les Etats et l’Union. Il s’agit de la définition même du sens et de l’équilibre de la construction européenne. L’Union peut recevoir plus de compétence et être renforcée en tant qu’ensemble si c’est nécessaire pour mieux affronter les problèmes du monde. H n’empêche qu’il n’y a pas un peuple, mais des peuples européens. L’Union restera une association volontaire de nations, une fédération d’Etats-nations, pour reprendre la formule de Jacques Delors. Elle ne sera pas une seule nation, ni un seul Etat, fût-il fédéral. Une partie de la gauche du non semble d’ailleurs ne pas l’avoir compris, puisqu’elle milite, de façon assez illusoire, pour une Assemblée constituante européenne en faisant l’impasse sur les réalités nationales.
Ensuite, il faut réussir l’élargissement. Savoir si l’on pouvait aller moins vite ou approfondir avant d’élargir n’a plus qu’un intérêt rétrospectif. Les dix nouveaux membres sont là.

"Le monde comme je le vois", Gallimard, 336 pages, 20 euros.


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Messages

  • Je ne peux donner que des bons conseils car je ne suis pas de gauche.
    Presentes toi !
    Segolene va faire perdre la gauche ,elle n’a pas de programme, et dans ce pays machiste ....
    Te presenter va obliger Jacques à se presenter et comme les français n’en veulent plus
    le resultat du 01 er tour sera
    1) Lionel
    2) Jean-Marie
    3) Jacques
    Prends Laurent comme premier ministre, c’est encore lui le + valable, mets dominique et jack à la retraite.
    Pour Segolene : soit elle reste à la maison soit tu lui donnes l’ecologie : elle va en baver.
    Post Scriptum : je ne suis pas n’importe qui,c’est moi qui ait conseillé à Yushenko de se reconcilier avec les Russes, comme ça le peuple Ukrainien ne mourra pas de froid cet hiver.

  • Cher camarade militant et sympatisant pendant de nombreuses années je ne suis pas pour votre retour tout en reconnaissant le travail sérieux et efficace que vous avez effectué pendant votre mandat de 1er
    ministre. Il me semble qu’aujoudu’hui un changement s’impose et je crois fermement que Mme S.ROYAL est tout à fait apte et competente pour assumer ses prochaines fonctions si elle est elue à la tête de l’état.

    ps : en espérant que vous lui apporterez votre entier soutient, et bénéficier de toute votre experience.

    CALVIE Montpellier(34)