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Création et internet / Hadopi la course à l’échalote du Gouvernement

vendredi 13 mars 2009, par Philippe Batreau

Qui donc tient le stylo écrivant le texte du projet de loi Création et Internet / HADOPI ou "Projet de loi favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet".

Voilà une dénomination officielle bien trompeuse.

Se trompent-ils tous ceux qui de la droite à la gauche en passant par le centre s’élèvent contre ce texte ou tentent de l’amender ?

A la pointe de la mobilisation, la Quadrature du Net dénonce la surdité de l’Assemblée : HADOPI à l’Assemblée : Une surdité coupable

L’UFC-Que chosir estime que ce texte est une mauvaise solution à un faux problème.

Pour André Gunthert dans Le Monde Diplomatique, Hadopi est soit une loi inutile, soit une loi politique. Devant l’insistance des pouvoirs publics à criminaliser Internet, on peut craindre qu’elle serve de terrain d’expérimentation à l’extension du contrôle du dernier média libre.

Qui donc tient la plume ?

Comme la loi DADVSI, le texte HADOPI est une belle bêtise, ineptie juridique, politique et technique, obsolète avant d’être voté.

Le fond du problème c’est de trouver le modèle qui assurer une juste rétribution des auteurs et des artistes en général, tout en facilitant au maximum l’accès des citoyens et usagers aux œuvres, pour reprendre ce que je disais en 2006, au moment de la DADVSI.

Est-il nécessaire pour cela que le législateur intervienne d’ores et déjà ?

Franchement, à coté de la "chasse aux pirates" - dont la constitutionnalité est plus que douteuse - a-t-on besoin de ce machin aux missions bizarres - encourager l’offre commerciale - qu’est l’HADOPI, fruit du copinage du politique avec cette industrie qui cherche tous les moyens de presser encore plus le citron, c’est-à-dire le porte-monnaie du consommateur.

Je me sens ici devenir plus libéral que le Gouvernement.

Entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit nous disait Lacordaire.
Ce texte réussit à inverser cette maxime.

Il est urgent de ne rien faire, sinon d’essayer de comprendre les nouveaux modèles qui émergent pour les accompagner le cas échéant au niveau du droit quand cela s’avéra nécessaire et consensuel, et non pour l’unique intérêt de quelques uns qui comptent profiter jusqu’au dernier instant de leur rente de situation.

Le monde réticulaire fait émerger une altermédiation, mettant en péril la l’utilité et donc la valeur de ceux dont le réseau bouscule le rôle d’intermédiaire traditionnel, canal jusqu’alors exclusif de la distribution du produit culturel vers le consommateur.

A-t-on besoin de l’HADOPI pour observer les nouveaux paradigmes ? Notamment le développement parallèle des biens non-rivaux et de l’économie de l’attention ? Poser la question est déjà y répondre.

Restons vigilants.

Philippe Batreau